Le guide : GUIDE DE L'EXPATRIATION : Suivre son conjoint

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Suivre son conjoint

C'est l'un des grands défis à relever lorsque l'on s'expatrie en famille. Le conjoint doit trouver sa place dans ce qui est le projet de l'autre. Il y a encore une vingtaine d'années, le schéma était toujours plus ou moins le même, l'homme s'expatriait, suivi de sa femme, qui devenait, si elle ne l'était pas déjà, femme au foyer. Aujourd'hui, les pratiques ont évolué. Pour commencer, 19 % des expatriés sont des femmes. Et si les hommes demeurent encore majoritaires dans le phénomène d'expatriation, les femmes qui les accompagnent ont désormais des carrières qu'elles cherchent à protéger.

Profiter de l'expérience. L'enjeu, pour les conjoints, est donc de retrouver un travail sur place - seuls 50 % d'entre eux y parviennent - ou de transformer l'expérience d'une autre manière. Intégrer un autre milieu professionnel, apprendre une langue, faire du bénévolat, reprendre des études ou agrandir la famille sont autant d'options qui se présentent à eux. Sachez que le mal-être du conjoint est l'une des raisons les plus courantes d'échec d'expatriation. C'est donc une question à traiter avec attention.

" Mari d'expat' ", un statut compliqué

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à s'expatrier. Si la proportion (20 %) reste moindre, elle commence tout de même à se vérifier dans le monde entier. Les hommes vivent alors une situation similaire à celle des femmes d'expat' : ils doivent recréer une vie et un projet personnel, autour de celui de leur épouse. En plus de ce défi, les hommes doivent également affronter le regard des autres, pas toujours bienveillant face à cette nouvelle façon de vivre le couple. Les mentalités restent à changer.

Marion, 38 ans, multi-expatriée

" Mon mari travaillait à Pau, dans l'exploration pétrolière. On lui a proposé un poste au Venezuela en 2005. On a vécu là-bas deux ans, puis son entreprise l'a muté en Angola. Après trois ans en Afrique, nous sommes partis en Indonésie. Son travail fait que l'on change de pays tous les deux ou trois ans. Nous avons le statut d'expatrié à chaque fois. On peut dire oui ou non en fonction des propositions, mais nous avons toujours accepté. C'est parfois compliqué, car il peut y avoir des problèmes de visa, il faut avoir des compétences que le pays n'a pas. On reste tout de même dans un statut de migrant et donc il faut garder en tête que c'est toujours temporaire. Entre 2013 et 2016, nous sommes rentrés en France, à Paris. Le retour s'est très bien passé, on retrouvait un environnement familier, nos amis, notre famille, notre langue. On est rentrés en se disant qu'on repartirait peut-être, on vit toujours dans l'incertitude. Finalement en août 2016, on a déménagé à Singapour. Pour le coup, c'est le service dans lequel travaille mon mari qui a été délocalisé là-bas. Environ un an et demi plus tard, on lui a proposé un poste très intéressant à Paris et depuis Noël 2017, nous sommes de retour en France.

Quelle vie pour le conjoint suiveur ? Mon mari poursuit sa carrière en continu. Il recroise souvent des collègues, en fonction de ses postes et de ses missions. Son réseau est toujours actif. Pour moi, en tant que conjointe d'expat, c'est plus compliqué. Cela dépend des pays. Par exemple, en Angola ou en Indonésie, on a été très bien accueillis. Il y avait un réseau de soutien très dynamique, avec des soirées et des activités organisées. Il faut savoir que dans les destinations où il y a beaucoup d'expatriés, il y a plus de soutien. Le dimanche, personne n'a de déjeuner en famille, donc on se retrouve tous pour partager ces moments. Il arrive même que l'on se sente plus isolé en France, lorsqu'on perd cette dynamique de groupe. En revanche, à Caracas ou à Singapour, on a vécu de manière plus classique. Il a fallu plus de temps pour se recréer des contacts, même si maintenant avec les réseaux sociaux on peut faire pas mal de choses. Par exemple, à Singapour, je suivais la page Facebook " Singapour Nanas " et le site www.singafrog.org, qui marchent plutôt bien. On propose des balades en poussettes, on échange des adresses d'électriciens, bref c'est une vraie révolution pour les expats. En dix ans, j'ai vu la différence. Pour Singapour, j'ai pu aussi bénéficier d'un réseau français, par le biais de l'entreprise de mon mari, car c'est le service entier qui a déménagé. Nous habitions également dans une résidence qui héberge beaucoup de Français.

Professionnellement, ce n'est pas toujours évident pour le conjoint suiveur. Je m'épanouis dans la découverte de nouveaux pays, j'aime déménager, mais la contrepartie c'est que ma carrière est interrompue régulièrement. J'ai fait du droit et une école de commerce, et à mon retour en France, je voudrais me lancer dans l'entreprenariat. A Pau, lorsque j'ai rencontré mon mari, je travaillais aux ressources humaines dans une entreprise pétrolière. Au Venezuela, j'étais bénévole dans un orphelinat. En Angola, je gérais le club de céramique de l'entreprise de mon mari. En Indonésie, j'ai créé une affaire de décoration avec une associée. En France, j'ai travaillé pour une entreprise de création textile. Et toutes ces expériences sont entrecoupées de déménagements et de trois grossesses ! Bref, j'ai un profil atypique.

Trouver ses marques. Quand on est arrivés en Angola, j'ai suivi une formation interculturelle. J'avais trouvé ça intéressant, ça donne quelques clés. J'en ai refait d'autres après, mais en réalité, une fois ça suffit. On explique toujours un peu les mêmes mécanismes, les mêmes échelles de valeur. Ce que je trouve dommage, c'est que c'est rarement concret sur le pays dans lequel on vit. On donne les grandes idées de ce que sont les relations interculturelles, mais cela mériterait une formation précise sur le pays en question. En Angola, nous avions également suivi une formation en interne, sur le contexte de sécurité. Sinon, généralement ce sont les locaux et les expats qui expliquent les décalages culturels. L'expatriation exige de toujours faire un effort de compréhension, pour s'approprier la culture locale, le fonctionnement du pays. C'est une gymnastique parfois fatigante, parfois stimulante, qui demande de se redéfinir à chaque fois, de repartir de zéro.

Quid de la logistique ? Selon les destinations, l'entreprise gère plus ou moins la logistique. En Angola, par exemple, comme c'est un peu compliqué, on a été soutenus pour le déménagement et pour l'administratif. Mon mari dispose d'un contrat spécifique, qui est complété à chaque mission avec des avenants à son contrat français initial. Le statut d'expatrié exige pas mal de papiers, pour les assurances santé notamment. Même lorsque l'entreprise s'en occupe, il faut tout vérifier et rester vigilant. Dans des destinations plus classiques, je m'occupe de chercher un logement.

S'expatrier avec des enfants. Aujourd'hui, nous avons trois enfants. Ma première grossesse s'est passée en Angola et je suis rentrée pour accoucher. Pour notre second enfant, je suis restée en France, ce qui impliquait de longues séparations avec mon mari. Je suis revenue en Angola avec un bébé d'une semaine ! On était dans le feu de l'action, et puis on voyait les autres faire pareil, donc cela ne nous paraissait pas particulièrement compliqué. Nous avons eu notre troisième enfant à Paris et c'était quand même beaucoup plus simple ! On a pu préparer sa chambre, son arrivée.

Pour nos enfants, l'expatriation se passe dans l'ensemble assez bien. Quand ils étaient petits, je les ai beaucoup gardés et j'ai eu pas mal d'aide. Soit on embauchait du personnel local, soit on se relayait entre mamans pour les gardes. Quand ils sont entrés à l'école, nous les avons inscrits à l'école française. Ils vivaient ainsi avec d'autres enfants d'expats, qui connaissaient les mêmes situations. L'entreprise de mon mari s'occupe des demandes d'inscription à l'école, comme ils sont mécènes, ils ont souvent des places réservées pour les enfants de employés. A Singapour, les enfants ont appris l'anglais et le mandarin, une belle opportunité pour débloquer les langues.

On dit toujours que les enfants s'adaptent très facilement, mais je voudrais nuancer un peu. Les enfants n'aiment pas le changement et c'est souvent difficile au début. C'est vrai qu'ils s'habituent vite, mais il faut aussi leur accorder le droit de ne pas être contents. Les premières fois on forçait le trait, on disait que c'était une super aventure. En réalité, ils étaient tristes et on ne les laissait pas forcément l'exprimer. Je crois qu'il faut les écouter, tout en présentant les choses de manière positive. Et puis il faut aussi accepter le fait que parfois, ça ne va pas. La nourriture, la télévision, les balades. Tout est différent et ce n'est pas toujours facile à accepter. Les deux grands (6 et 8 ans) ont été particulièrement réticents au départ à Singapour et l'adaptation a été assez dure. Quand ils grandissent, ils sont plus attachés à leurs copains et à leurs points de repères.

Quelques conseils. Ne pas hésiter à demander de l'aide et du soutien aux expats autour de soi. Ça a été l'une de mes premières erreurs. Je n'avais pas osé appeler une femme d'expat et j'ai réalisé plus tard que c'est en réalité très habituel de se soutenir entre voisins et expats. Plus que les pays, ce sont les gens avec lesquels on vit qui rendent l'expérience intéressante. Et souvent, plus le pays est difficile, plus le soutien est grand. Autre conseil, en tant que conjoint suiveur, il ne faut pas essayer de trop en faire et de culpabiliser sur son rôle. Ce n'est pas parce qu'on ne travaille pas que l'on ne fait rien. Le conjoint suiveur, c'est le point de repère de la famille. C'est le soutien logistique et psychologique et ça c'est un boulot en soi ! Il ne faut donc pas hésiter à profiter des avantages de l'expatriation, comme la nounou par exemple. Au début, j'avais tendance à me justifier auprès de tout le monde. Les gens comprennent mal mon rôle. J'essayais de trouver du travail coûte que coûte, mais je constate qu'en réalité, on aide moins les femmes que les hommes dans ces situations. Maintenant, j'assume et je vis ma situation de manière très épanouie. Enfin, il faut savoir s'entourer. Chaque expatriation m'a permis de rencontrer beaucoup de gens, avec des métiers et des vies différents. C'est passionnant et je mets tout en oeuvre pour rester en contact avec eux.

Garder contact avec la France. Notre dernier retour en France (Noël 2017) est arrivé plus tôt que prévu. Je suis contente d'être rentrée, bien que ce ne soit pas toujours facile. Même lorsqu'on a gardé contact avec des amis, on se sent parfois en décalage. On a vécu des choses hors normes, qui ne sont pas toujours faciles à partager. Et puis, les autres ont aussi évolué. Pour pallier cette sensation, on a fait en sorte de garder un point d'attache identique depuis toutes ces années, en Bretagne. Les enfants viennent en vacances toujours au même endroit, ils connaissent leur famille. Le fait de rentrer me permet également de me projeter professionnellement. "

Tout quitter et construire un projet sur placeHaut de page

L'expatriation peut être synonyme de déséquilibre dans le couple. Ainsi, le conjoint " suiveur " perd brutalement son statut de " travailleur " et devient " femme de " ou " mari de ". Cette situation, si elle peut être acceptée, est de plus en plus souvent mal vécue. Il est donc important pour le conjoint de construire son propre projet autour de cette nouvelle vie.

Un projet professionnel adaptéHaut de page

Pour certains, ce projet tourne autour du travail. Toutefois, seuls 50 % d'entre eux y parviennent. Il n'y a pas de recette miracle et les cas sont aussi variés que les individus. D'une manière générale, sachez qu'il peut être difficile de trouver du travail dans un pays en développement, et qu'en tant que femme, certaines destinations d'Asie et du Moyen-Orient peuvent être source de frustration. Ensuite, en fonction de votre expérience en France et de votre métier, vous aurez plus ou moins de chances de vous démarquer. Le meilleur moyen d'y parvenir est de vous rapprocher d'associations et d'organismes d'aide sur place, afin de vous recréer un réseau professionnel.

L'enseignement du français est un excellent moyen de travailler un peu partout dans le monde. Il existe plusieurs manières de trouver un poste. Les plus évidents sont les Alliances françaises - qui recherchent parfois des professeurs ou qui peuvent vous indiquer les postes éventuels - et le CIEP, spécialisé dans l'attribution de postes d'assistants de français dans les collèges/lycées. Notez que pour ce type d'emploi, une formation à l'enseignement du FLE (Français langue étrangère) peut être demandée. Pour ceux qui prévoient de s'expatrier longtemps, ou à plusieurs reprises, il peut être intéressant de valider ce diplôme, qui ouvre les portes de l'enseignement officiel. Mais vous pouvez également donner des cours particuliers, en postant vos offres sur des sites spécialisés ou en faisant passer le mot autour de vous.

Activités extra-professionnellesHaut de page

Bien sûr, d'autres biais de socialisation existent, que l'on fasse du bénévolat dans une association - ce qui permet d'être au contact des locaux - ou que l'on pratique un sport ou une activité de loisir. Voir rubrique " Ma vie d'expatrié/Activités extra-professionnelles ".

Le diplôme FLE, clé de la réussite pour enseigner le français

Les Français étant de plus en plus nombreux à s'expatrier, il est de moins en moins courant que les institutions locales acceptent d'embaucher un professeur sur sa simple nationalité. Il vous faudra la plupart du temps un diplôme qui témoigne de votre aptitude à enseigner votre langue maternelle. Car, même si vous savez vous exprimer en français, cela ne signifie pas toujours que vous savez transmettre les règles de la langue de Molière. Voici plusieurs options à envisager pour décrocher ce diplôme :

La voie universitaire. Il n'existe pas de Licence FLE (Bac+3). Le FLE apparaît sous forme de matières optionnelles pendant les trois années de Licence, dans différents cursus : Lettres modernes, de Sciences du langage ou de Langues, Littératures et civilisations étrangères. C'est en Master (Bac+5) que l'on obtient le diplôme FLE. Notez que l'on peut accéder directement en Master par le biais d'équivalences, à déterminer avec l'université.

Le CNED en partenariat avec l'Alliance française. Le Centre National d'Enseignement à Distance propose une formation en accord avec l'Alliance française. Deux avantages : vous pouvez suivre cette formation dans le monde entier et une partie est consacrée à l'observation et au guidage de la classe. Pour suivre le DAEFLE (Diplôme d'Aptitude à l'Enseignement du Français Langue Etrangère), vous devez être titulaire du Bac et passer un test de français auprès de l'Alliance française de votre pays d'accueil. Deux sessions annuelles sont organisées pour passer l'examen, après avoir suivi environ 500 heure d'apprentissage. Pour passer l'examen, il faut se rendre dans un centre d'examen, à déterminer avec votre Alliance française. Le coût du diplôme est estimé à environ 1 500 €.

Les organismes d’aide à l’insertionHaut de page

En plus des Alliances françaises et autres réseaux de Français vivant à l'étranger, deux organismes peuvent vous aider à trouver du travail sur place. En outre, ne négligez pas les sites Internet et les forums, tels que femmeexpat.com ou encore expat.org, qui réunissent un grand nombre de renseignements.

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